lundi 23 mars 2009

EXPLOSION DU CHOMAGE DES JEUNES DES BANLIEUES



Une note gouvernementale annonce que le nombre de jeunes inscrits au chômage dans les quartiers défavorisés classés parmi les 700 zones urbaines sensibles (ZUS) a progressé de 57,2% entre janvier 2008 et janvier 2009, et doublé (+104%) pour les diplômés Bac+3 ou plus, selon Mediapart, citant cette note gouvernementale (l'augmentation est de +23% pour l'ensemble des jeunes de moins de 26 ans sur la même période).

La note montre également que les jeunes diplômés de ces quartiers s'inscrivent de moins en moins auprès du Pôle Emploi et que "le nombre de diplômés laissés-pour-compte dans les ZUS augmente encore plus vite que les non-diplômés".

Aucun membre du gouvernement n'a tenu à s'exprimer sur cette note...

Cette information du site d'information en ligne Médiapart tombe en plein débat sur les statistiques ethniques que le Commissaire à la diversité, Yazid Sabeg, souhaite légaliser. L'objectif de cette mesure est notamment de favoriser l'emploi des personnes issues de la diversité en stigmatisant les entreprises dont les effectifs ne seront pas assez diversifiés.
Or cette augmentation faramineuse du nombre de jeunes chômeurs dans les banlieues avec la crise montre que ces derniers représentent une part non négligeable des emplois d'ajustement (intérim, CDD). Les entreprises savent donc parfaitement exploiter le "vivier" que constitue les populations issues de la diversité quand elles en éprouvent le besoin.

Ces mauvais chiffres annoncent-ils des tensions dans les quartiers populaires ? Le gouvernement semble s'en inquiéter. Les révoltes les plus fortes sont toujours venus des jeunes. Il n'y a aujourd'hui que des mesures sociales d'urgence qui pourront les prévenir... Aucune des propositions de Yazid Sabeg n'a d'effet à court terme... Peut-être le milliard et demi qu'annoncera Martin Hirsh (Haut commissaire à la jeunesse) pour les jeunes, ce mercredi, jour de la publication des chiffres du chomâge... Et ce n'est certainement pas un hasard.

dimanche 15 mars 2009

Le rapport Sabeg sur la diversité


Mise à jour

Ce lundi 23 au matin, Yazid Sabeg était sur France Inter. Voici mes commentaires sur son intervention face à Nicolas Demorand. (en ligne dans quelques minutes...)



Le 20 mars prochain, Yazid Sabeg, commissaire à la diversité dans le gouvernement de François Fillon, remettra son rapport sur la diversité et l'égalité réelle des chance au Président de la République.

Pas grand chose de nouveau dans le débat, on sait déjà que la principale mesure proposée par Monsieur Sabeg portera sur la quantification ethno-raciale. En sommes, il s'agira de rendre légal l'usage de données considérées comme sensibles par la loi informatique et liberté de 1978 : la race, la couleur de peau, l'origine ethnique ou culturelle... En fait chacun pourra se qualifier à sa guise puisqu'il s’agira "de demander aux personnes comment elles se définissent, ce qu'elles ressentent".

Cette proposition appelle plusieurs réactions.

1- La quantification ethno-raciale n'est pas à proprement parler d'une action qui vise à résoudre les problèmes de discrimination mais simplement à montrer par des chiffres ce que l'on sait déjà : il y a de la discrimination en France...

2- Elle est contradictoire avec le CV anonyme (autre mesure phare du rapport). D'un côté on demande aux individus de dire leur appartenance ethno-raciale, de l'autre on leur demande d'éluder toute indication de leur identité dans un CV qui ne doit faire apparaître que les compétences. Notons que le CV anonyme n’a pas donné de bons résultats au Canada et qu’il ne résout pas le vrai problème de la discrimination en entreprise : le plafond de verre. En effet, dans les hauts niveaux hiérarchiques, le recrutement se fait par cooptation principalement (et par chasseurs de têtes).

3- La fameuse loi Informatique et Liberté de 1978 permet déjà l'utilisation de données sensibles dans trois conditions : anonymat, accord des intéressés et pertinence de la collecte. Plusieurs organismes ont dores et déjà procédés à des mesures ethno-raciales. Le groupe Casino dès 2004 (principal résultat : environ 70% des salariés d'origines extra-européennes sont en contrat précaire contre 30% pour les salariés franco-français) ou encore le CSA en 2009 (14% de personnes non blanches sur les écran télé contre 19% aux USA)... Ne faut-il pas rester dans le cadre d'une politique dérogatoire sous contrôle de la CNIL ? Le risque est réel de rentrer dans un encouragement communautariste en systématisant la lecture ethno-raciale dans la sphère publique (entreprises, logement, éducation), comme cela est prévu.

4- La quantification ethno-raciale basée sur le ressenti (recensement fédéral) abouti aux USA à plus de 70 types de réponses différentes, ce qui est totalement inutile pour la lutte contre les discriminations. D’ailleurs au sein des entreprises américaines, c’est l’hétéro-déclaration qui est utilisée (un employé recenseur coche une case en fonction de ce qu’il voit de vous), avec une petite dizaine d’items pertinents statistiquement. Ainsi, face à une grille de lecture ethno-raciale, les USA avaient mis en place des politiques de quotas ethno-raciaux, le rapport Sabeg propose une politique sociale (30% de boursiers dans les grandes écoles et 300.000 contrats en alternance dans les entreprises)… Cela va inévitablement susciter des critiques en incohérence, qui seront légitimes, et légitimeront à l’avenir une politique ethno-raciale.

Conclusion :

La diversité, nouveau concept sensé résoudre l’ancien et persistant problème des banlieues, n’est pas totalement assumé par le gouvernement. A l’Elysée, le combat entre Henri Guaino le social et Emmanuel Mignon la libérale (favorable à la discrimination positive) a abouti à une politique d’égalité sans réelle cohérence. Le président n’a pas fait son choix. Fadela Amara, secrétaire d’Etat à la Politique de la Ville, dont le plan Espoir Banlieue a été jugé médiocre par le Président de la République, défend des positions très républicaines en s’opposant aux statistiques ethniques. Démissionnera-t-elle à l’annonce d’une prochaine loi Sabeg ?